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SOIRÉE

Par alexandre Desliens, mercredi 1 mars 2017, Western

projection de films à la forgette

C'est à la Forgette que nous retrouvons ce soir là les ouvriers du chantier de l'EPR (Réacteur pressurisé européen). La Forgette, bar situé aux Pieux à 5 Km de Flamanville. La Forgette aussi, où nous avions rencontré pour la première fois Cyrille, Gigi, Paulo, Mathieu et Eddy. À la Forgette encore, et grâce à Valérie, tenancière, que nous avons décidé d'organiser une soirée de projection de nos films. L'occasion pour nous de faire connaître notre travail, de rencontrer de nouvelles personnes, de mieux comprendre leurs situations.
Le bar est rempli et nous reconnaissons certaines personnes présentes lors de notre premier passage. Dès la fin de la diffusion du premier film, Un camion navigue-t-il ?, les paroles s'élèvent : « Ne projetez pas ça à la direction, sinon ils vont nous sucrer toutes nos indemnités de déplacement ! », « C'est interdit de vivre en camion en France ! On n'a pas le droit de se démerder ! ». La Forgette se compose de trois espaces, le bar sur la gauche, la salle et ses tables à droite, séparée du comptoir par des barrières en bois et au fond un prolongement de trois tables en L où nous nous sommes installés. La soirée se divise alors en deux groupes de part et d'autre de la pièce, un homme assis s'exprime : « en même temps il faut bien payer des impôts et en camion tu ne le fais pas ! », « Les impôts... tout le monde paie des impôts ! Tu achètes du gazoil, tu paies des impôts !» lui répond un autre adossé à la barrière. Sandrine et son mode de vie, provoquent des réactions.
Par la suite chaque film diffusé sera suivi d'un moment de discussion. Tout le monde peut le faire fait réagir car certains ici ont déjà vécu en camion, en caravane. C'est le cas de Jean François, maçon : « J'aimerais bien savoir pourquoi je ne peux pas avoir mon terrain et poser ma Yourte à 1 500 euros ! », « Parce que tu ne fais pas tourner le système ! » lui répond alors un ami. Certains Aficionados nous conseillent même de vivre ici « La Forgette ! C'est un bon hébergement la Forgette ! ».
Nous avons marché sur Shangai clôture la séance de diffusion. Valérie est ravie : « Ce sont les soirées que je préfère, tout le monde discute, c'est animé, c'est génial ! ».
Durant la soirée qui suit nous avons pu discuter ou rediscuter avec certains travailleurs de l'EPR ou même des habitués du bar qui les côtoient depuis plusieurs années. La possibilité pour nous d'en apprendre plus sur ce chantier qu'est l'EPR, ses besoins en travailleur mobiles et sa singularité. On nous dira alors que la déstructuration des entreprises de réseaux en France, comme EDF, permet une plus grande mobilité et flexibilité des employés : « Si ça te conviens pas, ils passent à quelqu'un d'autre ! » nous dit Cyrille. Un cadre quant à lui revient sur le système de sous-traitance mis en place en nous expliquant que celui-ci coûte moins cher à EDF que de payer les charges salariales, cela leur permet aussi plus simplement de changer de sous-traitant et donc d'ouvriers.
Nous aurons aussi la possibilité d'avoir un long échange avec Paulo que nous avions déjà rencontré en juillet dernier. Il nous a donné rendez-vous ce week-end à la base vie des Pieux pour rencontrer des travailleurs portugais vivant en mobil-home.

tag : chantier chantier urbain discussions Flamanville habitat leger et mobile projection work in progress economie

Réalisation : Échelle inconnue

MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.