"Sébastopol" sonne comme un nom de boulevard parisien ou comme celui d'une histoire qui bégaie : Ukraine / guerre civile et, en 1921 déjà, l'affrontement de la France et l'Angleterre contre la Russie impériale.
C'était avant la révolution de 18 dans cette ville de Crimée qui vit la défaite de l'armée blanche de Wrangel (soutenue par celles du Japon, du Royaume Uni, du canada de la France et des Etats-Unis...) face à l'Armée Rouge, soutenue par les troupes Makhnovistes.
C'était déjà, et avant aujourd'hui...
Mais pour le Moscovite averti, Sébastopol résonne aussi comme un marché, un bazar vertical qui prit ces quartiers dès 1995 dans l'hôtel du même nom. Là, des commerçants turques, à ce que l'on me dit, investirent et transformèrent chaque chambre de cet hôtel de 14 étages, en échoppes. On y trouvait boulangeries, parfumeries, marchands d'épices ou de gadgets mais aussi boucheries dont les labos prenaient place dans les salles de bain.
Autre forme urbaine de l'économie de transition des années 90, ce bazar a, depuis, pris des airs de centre commercial (enseignes, signalisations, publicité dans les escaliers mais surtout réfection des 2 ascenseurs de l'hôtel qui permettent d'échapper à l'ascension des 14 étages par les escaliers). Les boucheries ont disparu, mais la forme du bazar demeure. À chaque étage, les portes des chambres s'ouvrent sur une quinzaines d'échoppes. On y trouve parfums, pierres, papeteries, accessoires électroniques, maroquinerie, ustensiles de cuisine, coutellerie et armurerie, bijouteries, souvenirs orthodoxes... Certains écriteaux sont traduits en indien ou en Farsi. Certains chambranles de portes annoncent, par autocollant, qu'à l'intérieur on accepte la carte bleue. Les prix sont rarement indiqués et s'élaborent à la demande. Entre les étages, les commis s'affairent ployant sous les colis. Dockers de couloir et d'ascenseur, ils scandent des « davaï » et des « izvinitié » pour qu'on leur laisse le passage. L'ascenseur leur sert aussi d'interphone. La bouche collée à la jointure de la porte, ils hurlent à l'adresse des collègues du dessus.
Impossible de dire pour l'instant, d'où viennent ces produits, s'il s'agit de copies et contrefaçons de marques de luxe (pour la parfumerie et la maroquinerie). On peut, en tout cas, si on le souhaite, emporter ses achats dans un sac plastique à l'enseigne de quelques enseignes prestigieuse de la capitale.
L'hôtel Sébastopol ne désemplit pas et les russes y croisent les marchands de l'Asie qui poussent ici sa corne et redéveloppe les formes commerciales qu'économie planifiée comme économie libérale ont, ailleurs ou dans d'autres temps, éradiqués.