DES ENCLAVES NOMADES DE FAIT !
ROUEN QUAIS RIVE GAUCHE : TRAVELLERS, FORAINS, OUVRIERS DE LA CATHÉDRALE, CAMPING CARISTES.
Il convient de considérer la question de l'habiter mobile ou léger de manière large afin de ne pas recréer une série de catégorisations supplémentaires et contre-productives, séparant, en régimes distincts, ces différents modes de vie en fonction de l'habitation (caravane, camion, tente, camping-car, etc.). C'est donc bien un mode de ville qu'il s'agit de reconnaître dans lequel s'inscrivent certains nombres de mode d'habiter.
Certains espaces urbains peuvent s'avérer exemplaires de ce point de vue. Par nécessité ou usage, ils accueillent de manière périodique et pérenne différents modes de ville mobile. Véritables enclaves nomades,
utilisées comme telles par les pouvoirs publics, elles accueillent événements forains ou temporaires autant que des habitations. Pour exemple, au centre ville de Rouen (Normandie), les quais de Seine rive gauche aménagés en parking depuis les années cinquante accueillent une des plus grandes fêtes foraine de France d'octobre à novembre et de manière ponctuelle les cirques et autres activités foraines qui sont autant de sources d'emplois saisonniers pour les citadins. A l'année on y trouve, de manière plus ou moins durable, camping-car mais aussi personnes vivant en camion. C'est aussi encore, un lieu d'accostage des péniches marchandes. La municipalité elle-même utilise cet espace de manière temporaire et foraine y installant tentes et structures légères pour des activités de loisir et des concerts.
Ni champ de foire, ni aire d'accueil, ni parking pour camping-car, cet espace accueil est ce que l'on pourrait considérer comme une partie de ce mode de ville léger et mobile, complètement inscrit dans les économies commerciales, touristiques ou de loisir et dans les rapports de l'urbain au travail saisonnier. Or la sectorisation de ces différents modes d'occupation (habitation, commerce forain, événement et service public) aboutit de fait à une impossible reconnaissance de ce mode de ville et par là, à un impossible partage des services (aux) publics (l'ensemble des compteurs forains, financés par les forains eux-mêmes sont utilisés par la mairie. On doit ici parler de services publics privés). Seule la présence et la compétition sur un même territoire de différentes institutions (municipalité, VNF, port autonome) a été jusqu'alors garante de l'existence et de la cohabitation de ces différents types d'occupation. Comme c'est le cas ailleurs, dans beaucoup d'autres exemples. C'est bien de l'impensé de la ville dont il s'agit ici et qui garanti, de manière malheureusement non durable et à la périphérie du droit commun, la non discrimination et si l'on peut dire l'inclusion de ces modes d'habiter à la ville.
La reconnaissance de ces enclaves serait un pas décisif dans la reconnaissance des personnes, tout comme dans la reconnaissance d'un autre mode de ville dont le cadastre ne serait pas l'unique « LA ».